Polyarthrite rhumatoide et traumatisme physique
RESUME
Introduction : le rôle du traumatisme physique comme facteur déclenchant éventuel de la polyarthrite rhumatoïde (PR) est mal élucidé. Peu de cas de PR post-traumatique sont rapportés dans la littérature.
Observation : nous rapportons l’observation d’un patient âgé de 59 ans, qui a développé à la suite d’un traumatisme du poignet gauche survenu il y à 3 ans, une monoarthrite chronique du poignet gauche suivie une année plus tard par l’apparition d’une polyarthrite touchant les épaules et les genoux. Le bilan radiologique objective une carpite fusionnante du poignet gauche et une érosion de la tête du 5éme métatarsien droit. Le test au Latex est positif à 4 croix .
Commentaires : la fréquence de cette entité varie, selon les séries, entre 1 et 21 % des cas de PR. Sa physiopathologie est mal élucidée et le rôle éventuel du neuropeptide P et du collagène de type II est incriminé.
Mots Clés : Polyarthrite rhumatoïde / traumatisme
Rheumatoid arthritis and physical trauma
SUMMARY
Introduction : the role of physical trauma as a possible trigger factor of rheumatoid arthritis (RA) remains unclear. Few cases of post-traumatic RA are reported in the literature.
Observation : we report the case of a 59-year-old man with 3 year trauma history of the left wrist who developed a chronic monoarthritis of this joint, followed one year later by polyarthritis involving the knees and shoulders. Radiologic examination shows a carpal destruction of the left wrist and an erosion of the right 5th metatarsal phalanx head. The Latex test was positive.The diagnosis of RA is assessed according to the ARA criteria.
Comments : The frequency of this entity is estimated between 1 and 21% of RA, according to the different published series. Its physiopathology remains unclear and the possible role of neuropeptide P and that of type II collagen are incriminated.
Key Words : Rheumatoid arthritis / trauma
INTRODUCTION
La polyarthrite rhumatoïde (PR) est caractérisée par une inflammation chronique de la synoviale, de cause obscure. Sa pathogénie reste mal élucidée et l’on incrimine des facteurs génétiques, immunologiques et environnementaux.
Le rôle du traumatisme physique dans l’initiation de la maladie est controversé.
Nous rapportons une nouvelle observation PR survenue à la suite d’un traumatisme articulaire.
OBSERVATION
Monsieur L.M, âgé de 59 ans, sans antécédents pathologiques notables, est victime en septembre 1999 d’un traumatisme du poignet gauche traité par manchette plâtrée pendant 3 semaines. L’évolution est défavorable et marquée par l’installation d’une monoarthrite chronique de ce poignet. La radiographie standard du poignet atteint objective une carpite fusionnante avec des pincement radio-carpien et carpo-métacarpiens (figure 1). Une origine infectieuse à cette monoarthrite a été écartée devant la négativité du bilan bactériologique et de la biopsie synoviale chirurgicale mettant en évidence des signes d’inflammation non spécifique. Malgré cette négativité du bilan infectieux, un traitement antituberculeux d’épreuve pendant 6 mois est entrepris sans aucune amélioration. En septembre 2001, le patient rapporte l’apparition d’arthralgies inflammatoires des épaules et des genoux . Les radiographies standard de ces articulations sont normales mais celles des avant pieds montrent la présence de géodes de la tête du 5éme métatarsien droit (figure 2). Le test au Latex est positif à 4 croix. Le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde post traumatique à début monoarticulaire est alors retenu (critères de l’ARA).
DISCUSSION
Le rôle du traumatisme physique dans l’initiation d’une polyarthrite rhumatoïde (PR) ou d’autres rhumatismes inflammatoires chroniques est une question encore débattue. Elle nécessite une réponse précise et convaincante vu son impact médico- légal notamment en cas d’accident du travail. Les études rapportées dans la littérature aboutissent à des résultats controversés. Ainsi, Al Allaf (1), dans une étude cas-contrôles menée auprès de 262 patients présentant une PR contre 262 sujets témoins hospitalisés dans le même hôpital pour d’autres pathologies non rhumatismales, trouve que 21% des malades atteints de PR rapportent la survenue d’un traumatisme physique significatif dans les 6 mois précédant la maladie contre 6,5% des sujets témoins. Jacoby et al. (2) rapportent que 14% des patients atteints de PR signalent la présence d’un facteur précipitant l’atteinte articulaire (traumatisme physique, chirurgie, infection) dans l’année ayant précédé l’apparition de la maladie ; toutefois, cette étude n’a pas comporté de groupe contrôle.
Julknen et al. (3), dans une étude intéressant 270 patients admis en soins intensifs pour un traumatisme grave, notent que 2,9 % des malades ont développé une PR dans les 2 ans qui suivent le traumatisme contre 0,5 à 1% dans la population générale. Scarpa et al. (4), dans une étude rétrospective de dossier de PR et de rhumatisme psoriasique, rapportent que 1% des sujets atteints de PR ont présenté dans leurs antécédents un traumatisme contre 9% des malades avec rhumatisme psoriasique.
Différents types de traumatisme sont incriminés comme facteur déclenchant d’une PR (1) : la chirurgie vient en tête chez 22% des malades avec nette prédilection pour la chirurgie lymphoïde (maladie de Hodgkin ), suivie par les accidents du travail (16,9%), les fractures ( 13,6%), les accouchements et les fausses couches (11,9%), les accidents de la voie publique (8 ,5%).
Cliniquement la PR ″post traumatique″ ne diffère pas de la PR " classique" (1) : en effet, dans les deux formes, l’age de survenue (vers la cinquantaine ), la prédominance féminine (70% des cas ), les antécédents familiaux de PR et la nature de la profession ( manuelle ou sédentaire ) sont comparables. La polyarthrite débute ou prédomine généralement à l’articulation touchée par le traumatisme ou celle adjacente à la zone traumatisée mais elle peut d’emblée concerner des articulations à distance (2,5,6) . La seule différence statistiquement significative est la séropositivité pour le facteur rhumatoïde(FR) . En effet, le FR est présent dans 79,2 % des cas de PR ″post traumatique″ contre 90,6 % dans la PR " classique " (1).
Concernant les autres rhumatismes inflammatoires chroniques, plusieurs observations font état de lupus systèmique post traumatique (5) et de spondylarthropathies post traumatiques (6), que ce soit dans la spondylarthrite ankylosante (SPA), le rhumatisme psoriasique ou le syndrome de Reiter (4). Ainsi, la fréquence de la SPA post traumatique est estimée à environ 10% des cas (2). D’autre part, la spondylarthropathie post traumatique semble moins souvent liée à l’antigène HLA B27 que la forme " commune " (2,3,4)
Sur le plan physiopathologique, certains auteurs pensent que le traumatisme pourrait altérer la synoviale ou entraîner la libération d’auto- antigènes dans le liquide synovial (7). La nature de ces antigènes n’est pas encore connue. Le collagène de type II paraît être la source la plus importante d’antigènes d’origine endogène.
Ainsi, Trentham et al. (7,8) ont montré l’importance de l’antigénicité du collagène de type II au niveau du tissu synovial du rat. Par ailleurs, le neuropeptide P sécrété par les terminaisons nerveuses périphériques après un traumatisme pourrait contribuer à la destruction articulaire en stimulant la prolifération des synoviocytes et la libération des prostaglandines E2 et des collagénases.
CONCLUSION
La PR post traumatique ne semble pas différente de la PR " classique " . Le rôle du traumatisme physique initiateur du rhumatisme mérite d’être mieux élucidé vu son impact médico-légal , particulièrement en cas d’accident de travail.
REFERENCES
Al-Allaf A.W , Sanders. P.A, Ogston S.A, Marks J.S .
A case-control study examining the role of physical trauma in the onset of rheumatoid arthritis .
Rheumathology 2001;40:262-266.
Jacoby R.K, Jayson M.I.V, Cosh J.A.
Onset, early stages, and prognosis of rheumatoid arthritis: A clinical study of 100 patients with 11-year follow-up
Br Med Journal 1973;2:96-100.
Julkuneun H, Rasanen J.A ,Kataja J.
Severe trauma as an aetiologic factor
in rheumatoid arthritis .
Scand J Rheumatol 1974;3:97-102
Scarpa R , Della valle G, Delpuente A , Di girolamo C , Lubrano E, Pucino A, Oriente P.
Interplay between environmental factors, articular involvement, and HLA-B27 in patients with psoriatic arthritis.
Clin Exp Rheumatol 1992 ; 10 : 100-102.
Wallace D. J.
The role of stress and trauma in rheumatoid arthritis and
systemic lupus erythematosus.
Semin Arthritis Rheum 1987; 16 : 153-7.
Jun J.B, Kim T.H, Jung S.S ,Yoo D.H ,Kim T.Y, Kim S.Y.
Seronegative spondyloarthropathy initiated by physical trauma.
Clin Rheumatol 2000 ; 19:348-351.
Trentham D.E, Townes A.S, Kang A.H.
Autoimmunity to type II collagen: an
experimental model of arthritis.
J Exp Med 1977;146:857-68.
Trentham D.E, Townes A.S, Kang A.H.
Humoral and celluar sensitivity to
collagen-induced arthritis in rats.
J Clin Invest 1979;61:89-96.
fig 1 : Radiographie du poignet gauche de face : carpite fusionnante avec pincement radio-carpien et carpo-métacarpien.
fig 2 : Radiographie de l’avant pied droit de face : géodes de la tête du 5ème métatarsien.